Fabriquer l’exotique (Europe – Amérique du Nord, 18e-21e siècles)

La Revue de la culture matérielle sollicite des articles pour un numéro spécial sur la construction de l’exotisme. Comment rendre exotique une personne, un objet, un produit, une œuvre d’art ? Comment construire l’étrangeté – ou à l’inverse s’approprier ou domestiquer une chose venue d’ ailleurs ?

Poser la question de ce qui est exotique ou non – même pour démontrer le caractère construit de cette catégorie, sachant que l’exotisme est toujours relatif à une norme implicite – n’est pas la voie privilégiée ici. Nous mettrons en revanche l’accent sur les processus destinés à « faire exotique » : sur les modes de représentation et d’exposition qui créent un effet de distance ou de proximité ; sur les récits qui entourent une personne ou un objet ; sur les constructions qui donnent à voir et permettent de montrer. En outre, nous proposons de penser  l’ « exoticisation » et la « domestification » par rapport à un territoire : non pas seulement celui qui est exotisé, mais, plus aussi celui qui exotise. Dans cette perspective, nous nous intéresserons particulièrement à la (dé)construction de l’exotique en Europe et en Amérique du Nord, en portant notre regard sur des représentations et des pratiques restituées dans leurs contextes sociaux et politiques.

Axes de recherche proposés
1.      Représentations
Ce premier axe porte sur les représentations qui effrangent la frontière entre documentation et fiction, réalisme et exotisme. L’emploi de certains accessoires construit des identités. Comment les robes indiennes, la vaisselle chinoise ou la culture matérielle liée au tabac travaillent-elles l’identité de ceux qui les exhibent ? Comment celles-ci sont-elles mobilisées et utilisées : dans les mondes de l’art, au théâtre ou encore dans les intérieurs ? Quel est leur pouvoir d’agence ? Enfin, les gravures réalisées dès le 18e siècle pour illustrer les récits de voyage ainsi que les représentations dites scientifiques (photographie, vitrines de musée), produites notamment en anthropologie et en ethnographie à partir du 19e siècle, retiendront notre attention. Il s’agira ici d’étudier ce qui « fait exotique », accroît ou diminue l’étrangeté aux yeux des acteurs impliqués.

2.      Dispositifs
Le deuxième axe met l’accent sur les dispositifs, les mots et les gestes qui entourent certaines choses pour les rendre « exotiques » ou au contraire les domestiquer, que ce soit dans la boutique du marchand, les intérieurs des particuliers ou encore au musée. L’étude des manières de montrer est donc encouragée. Comment ces objets sont-ils présentés? Quels sont les moyens matériels (meubles, cadres, lumière) ou les motifs privilégiés pour les donner à voir et les inventer, mais aussi le vocabulaire utilisé pour les décrire ? Ceux-ci qualifient-ils ces choses comme « exotiques » ou, au contraire, diminuent-ils leur « sauvagerie » ? Enfin, les différents modes d’existence d’une même chose suivant les contextes (est-ce un objet ou un sujet ? est-ce vivant ou mort ?) retiendront notre attention.

3.      Matérialité
Finalement, comment certains objets sont-ils réparés ou refaçonnés ? Réunis ou recomposés ? D’une part, on étudiera les transformations matérielles encourues par les artefacts importés et reterritorialisés. D’autre part, on pourra s’intéresser à la manière dont certains produits occidentaux sont rendus exotiques – parfois par un processus d’hybridation avec d’autres artefacts. L’exoticisation peut fonctionner par induction : un fragment inséré dans une pièce de mobilier peut transformer l’objet. À l’inverse, l’exotisme est souligné mais aussi maîtrisé, par exemple, lorsque des montures de bronze ou d’argent entourent un vase provenant d’Asie. On étudiera ainsi les processus de fragmentation, d’agrandissement, d’enchâssement ou encore l’utilisation de matériaux spécifiques (bois précieux, tropicaux, pierre, métaux, etc.) dans la création d’un corpus « exotique ».

La date limite pour la soumission des articles est le 15 décembre 2013.

Sont attendus des articles de 20 à 30 pages à double interligne, y compris les notes de fin. Sont aussi attendus :
* des rapports de recherche (de 10 à 20 pages, y compris les notes de fin)
* comptes rendus d’expositions (de 10 à 15 pages, y compris les notes de fin)
* notes de recherche (de 5 à 10 pages)
* comptes rendus d’ouvrages (notes et commentaires ne doivent pas dépasser 5 pages)

Les texte sont à envoyer avant le 15 décembre 2013 à Noémie Etienne à :
ne477@nyu.edu

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