Partir au mois d’août… (Le Parisien, 3 aout 2013)

Jean Viard et Saskia Cousin ont répondu aux questions du journal Le Parisien à propos des traditionnels embouteillages des départs en vacances.

Le Parisien

Partir au mois d’août, un rite

Christel Brigaudeau | Publié le 3 août 2013, 07h00

Les messages de Bison Futé n’y font rien. Malgré des prévisions en rouge et noir, et les souvenirs d’après-midi passés à transpirer derrière les vitres d’une berline, parmi des milliers d’autres berlines, la date du premier week-end d’août reste le signal du grand départ pour la majorité des vacanciers français.

Pourquoi? Bien sûr, il y a les contraintes des entreprises, nombreuses à fermer leurs portes du 1er au 15 août, et celles liées aux locations de vacances, du samedi au samedi. Au dire des opérateurs de tourisme, le mois d’août résonne aussi comme « une promesse de beau temps », d’autant plus cruciale cette année que le printemps et le début de l’été ont offert des ciels calamiteux. Mais ces arguments rationnels n’expliquent pas tout. « De même qu’on fête Noël le 25 décembre, le départ en vacances du mois d’août a une dimension rituelle très forte en France, affirme le sociologue Jean Viard, directeur de recherches en sociologie au CNRS. Elaborer sa stratégie pour le trajet, en discuter avec d’autres, tient aussi du jeu. On se prépare comme à une guerre militaire entre Paris et la Méditerranée! »

D’ailleurs, malgré les offres de séjours « en décalé » développées par les voyagistes, les bouchons sur les routes et les files d’attente dans les aéroports ne maigrissent pas. « Certains campings essayent de proposer des locations à la carte mais cela ne marche pas très bien, relève Guylhem Féraud, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air. D’une part, c’est compliqué pour les exploitants à mettre en place et, d’autre part, cela bouscule les habitudes des clients. Ils sont attachés au pot de bienvenue du samedi et, pour ceux qui ont des amis de vacances, venir toujours à la même date permet de se retrouver. »

Pour l’anthropologue Saskia Cousin, maître de conférences à l’Institut de recherche et d’études supérieures du tourisme (Irest) de l’université Paris-I, la souffrance des bouchons pourrait même « avoir quelque chose du rite d’initiation : il faut traverser une épreuve pour passer de l’autre côté ». Sans compter que les heures à s’ennuyer dans la voiture présentent un avantage : « C’est l’un des rares moments dans l’année où la famille est rassemblée. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :