Axe 3 : Images, Imaginaires, imagination

 Images, Imaginaires, imagination (I3)

Responsables : Saskia Cousin, Jérome Da Rugna, Gael Chareyron

 Outre M. Gravari Barbas, S. Jacquot et L. Boukhris (géographes) et les collègues déjà membres de l’EIREST et de cet axe, Jérome da Rugna et Gael Chareyron (informaticiens), S. Cousin, A. Condevaux, J. Pabion, M. Regnault et J.-D. Urbain (anthropologues), D. Pages (littéraire) et V. Antomarchi (géographes) ont rejoint l’axe imaginaire comme membres rattachés ou associés en 2012. L’arrivée de chercheurs spécialisés dans l’analyse sémiotique et informatique des images, et un premier travail de réflexion autour de quelques textes fondamentaux (Bachelard, Castoriadis, Lacan, Ricoeur, Anderson) a amené l’équipe à articuler le projet de l’axe autour de l’association images/ imaginaire / imaginations, soit I3.

*De quels imaginaires parle-t-on ? Théories, épistémologies, méthodes

D’un point de vue théorique, il s’agit donc de poursuivre la réflexion sur l’apport méthodologique et épistémologique de la notion d’imaginaires pour un travail pluridisciplinaire sur le tourisme, et plus généralement, pour les SHS, alors qu’il fait controverse en France et qu’on lui préfère généralement le terme de représentations. Nous travaillerons sur les relations et les différences entre images, imagination et imaginaires dans leurs articulations avec les notions et / ou les concepts de réalité, de symbolique et de représentations, en s’extrayant des classiques oppositions réel / imaginaire, imaginaire / symbolique, ou encore de la prééminence lévi-straussienne du symbolique sur l’imaginaire. Pour ce faire, nous proposons de travailler à l’intersection de plusieurs courants et disciplines des sciences sociales. Outre l’étude des textes sur cette question, il s’agira de récolter des données empiriques et de les analyser à la lumière de la socio-anthropologie du développement (notion de courtiers), de la sociologie des motivations, de la sociologie de l’engagement, la sociologie de la critique (Boltanski), ou encore des apports d’auteurs comme M. de Certeau (notion de braconnage) ou Jacques Rancière (spectateur émancipé).

Notre pari est que ce croisement inédit d’écoles de pensées généralement jugées incompatibles fera la force de cet axe et sa capacité à produire des analyses pertinentes hors du champ du tourisme. Il est pensé comme le socle théorique permettant de construire plusieurs programmes de recherche très concrets, qualitatifs et quantitatifs, propre à cet axe, concernant l’ensemble de l’équipe EIREST et/ ou élaboré en partenariat avec d’autres centres de recherche, notamment Le IIAC/LAIOS (CNRS/EHESS), l’ESILV et l’Université François Rabelais de Tours. La finalité de cette première thématique de l’axe 3 est à la fois de renforcer la dimension épistémologique des travaux de chacun, et de constituer un espace d’échanges intellectuels propices à tous.

*Les images du tourisme : approches sociologique, informatique, sémiotique et heuristique

Faire discuter des personnes sur leurs photos de voyage est une méthode efficace pour accéder à la fois aux récits des pratiques concrètes et aux expériences, aux imaginaires associés. Plusieurs membre de l’EIREST ont recours à cette méthode et en discuterons dans le cadre de cet axe I3. Mais nous proposons également un travail plus quantitatif sur les images et leur circulations, autour des recherches menées par les informaticiens G. Chareyron et J. da Rugna, du mathématicien D. Gabay (directeur de recherche CNRS en retraite), de l’anthropologue Saskia Cousin, du géographe Sébastien Jacquot et de leurs étudiants. Cette association inédite entre disciplines sera testée autour de deux projets de recherche, IMAGITOUR et Paris 2030, financés respectivement par la région Centre et la ville de Paris.

Dans un premier temps, nous avons démontré l’intérêt des sites publics de dépôts de photographies géolocalisées et chronodatées tels Flickr ou Panoramio. Outre la capacité à fournir des cartes de densités de photographes dans une région, les méta-données incluses dans les images et les informations publiques sur les utilisateurs permettent aussi de focaliser l’étude suivant une temporalité (année, saison, mois, …) et/ou l’origine des photographes (pays, région du monde). Deux pistes très prometteuses devront être creusées : la production de cartes, non plus de densités de points, mais d’itinéraires, de parcours de photographes ; la création d’outils permettant d’extraire, parmi les milliers voire les millions de photos réalisées sur un site, des classes de photos représentatives. Pour ce qui concerne les recherches en SHS, nous étudierons les pratiques et les représentations (images et imaginaires) des visiteurs, en s’intéressant notamment à ce qui fait patrimoine pour le public, qu’il soit local, régional, mondial.

Les enquêtes qualitatives consisteront également à réaliser une analyse sémiotique des images touristiques. L’équipe se penchera plus particulièrement sur les images produites et véhiculées par la métropole francilienne. Dans cette optique, et en relation avec l’axe tourisme et métropolisation, Maria Gravari-Barbas, travaillera sur les imaginaires touristiques métropolitains (villes européennes, Amérique du nord), notamment dans le rapport qu’ils entretiennent avec l’architecture emblématique (architecture « flagship », starchitecture) et avec les hauts lieux patrimoniaux (requalification, réécriture patrimoniale et imaginaire de lieu). Elle se penchera également sur l’opposition/rapport/articulation des imaginaires touristiques parisiens des quartiers centraux (le Marais) et périphériques (Saint-Ouen et Saint-Denis). De même, Dominique Pagès poursuivra ses travaux sur les imaginaires de la métropole parisienne (notamment théoriques et médiatiques) en se focalisant sur trois thématiques :

(1) les imaginaires de la métropole dite créative;

(2) les médias métropolitains (publics, marchands, amateurs): émergences, complémentarités, dissonances ?

(3) les écritures documentaires et cinématographiques de la métropole parisienne: imaginaires des acteurs (des réalisateurs aux producteurs et diffuseurs). Saskia Cousin et Sébastien Jacquot mèneront de nouvelles enquêtes sur les imaginations politiques et les images touristiques de Plaine Commune (Seine-saint-Denis). Linda Boukhris poursuivra ses travaux sur la dimension instituante de l’imaginaire touristique à travers son rôle dans la production du territoire : relation entre imaginaires / pratiques spatiales / production matérielle et symbolique du territoire. La question des imaginaires touristiques devient ainsi un point d’entrée pour interroger l’interrelation entre le matériel et le symbolique consacrée par la notion de territoire (contre une approche dichotomique, réexaminer le rapport entre le représenter et le faire (C. Castoriadis).

*Circulations et intermédiaires des imaginaires : agents, récits images

Initié à l’automne 2011 et travaillé au sein du séminaire TRIP, ce thème vise à rassembler les recherches des membres de l’axe, autour de la question commune des intermédiaires, experts, guides, médiateurs, go-between et cultural brokers qui oeuvrent à la production, la transmission ou la reproduction des images. Sur nos terrains et/ ou corpus respectifs, nous examinerons la chaine des intermédiaires qui permettent la circulation des touristes, des images et des objets du tourisme. Agents de voyages, guides, experts, petits « entrepreneurs économico-culturels», scientifiques : nous étudierons la place et le rôle de ces différents opérateurs qui, explicitement, ou non, participent de et à la dimension socio-culturelle de la mondialisation. Nous nous pencherons sur les relations entre expériences vécue et restitution de ces expériences, à travers les récits et les images, produites notamment par les touristes. De l’analyse historique du récit de voyage à l’observation participante, en passant par l’étude des blogs ou des soirées de voyageurs, nous étudierons différents modes de restitution des expériences. Nous examinerons le rôle du récit en mot ou en images dans la reconstruction du sens et des motivations du voyage, la mise à distance et la production d’un discours expert ou, au contraire, l’affirmation des émotions. Nous enquêterons sur ces émotions, les apprentissages, les capacités d’analyse des situations, de négociations et d’ajustement entre les attentes et l’expérience vécue. Il faudra bien évidemment intégrer le rôle de la situation d’enquête et la place du chercheur dans le récit et la reconstruction des expériences vécues- la production d’images hybrides. C. Lachièze pourrait proposer une réflexion sur le statut juridique des intermédiaires (publics et privés).

Cette orientation est au coeur du programme de recherche que mènera Saskia Cousin dans le cadre de sa délégation à l’Institut Universitaire de France, de 2012 à 2015. Menées en France et en Afrique de l’Ouest, les enquêtes porteront à la fois sur la forme et le contenu des savoirs anthropologiques, géographiques, historiques, les imaginaires scientifiques qui circulent dans les contextes touristiques, et sur leurs médiateurs, du guide local aux entreprises transnationales. Un travail d’archives mené par Géraldine Djament et Sébastien Jacquot sur le territoire de Plaine Commune permettra de savoir comment les guides sont façonnés par les territoires, relayant des images institutionnelles qui s’ébauchent. De son coté, Madina Regnault poursuivra ses recherches comparées à La Réunion et à Mayotte, où elle étudiera le rôle des guides, des acteurs non touristiques qui transmettent et incarnent l’identité culturelle du lieu, ou des go-between du circuit de l’artisanat touristique. Elle se penchera sur les « imaginaires empruntés » à travers la marchandisation des objets touristiques artisanaux vendus aussi bien à La Réunion qu’à Mayotte, lesquels sont en réalité importés de Madagascar.

Pour sa part, dans la continuité de son travail de doctorat, soutenu en septembre 2011, qui portait sur des performances touristiques en Nouvelle-Zélande et à Tonga (Polynésie occidentale), Aurélie Condevaux poursuivra ses recherches sur la manière dont les imaginaires touristiques qui ont trait aux figures féminines polynésiennes influencent les mises en scène touristiques. A travers la question de l’influence des images publicitaires touristiques sur les pratiques, c’est donc la question des dynamiques des identités de genre qui sera posée. Egalement dans la continuité de son doctorat, Johanne Pabion Mouriès travaillera sur les imaginaires touristiques au Kirghizstan postsoviétique, en s’interrogeant sur la manière dont les « courtiers du développement » (qu’ils soient guides ou coordinateurs de projet touristique) s’approprient, négocient et composent avec les différentes images véhiculées tant par le gouvernement kirghize, l’industrie touristique que par les acteurs internationaux. Dans le cadre de cet axe, Sébastien Jacquot travaillera sur les occurrences démultipliées du carnaval vénitien, et le jeu de miroir inversé entre celui, initiatique, médiatique, mais jugé factice par de nombreux carnavaliers, de Venise, et ses multiples reproductions, dans diverses villes européennes, générant un circuit de carnavaliers, qui, touristes au sens propre, deviennent les sujets des photographies, et entraînent avec eux une cohorte de photographes semi-professionnels. Jean-Didier Urbain poursuivra son étude ethno-sémiotique sur la révolution de l’imaginaire Méditerranéen dans les années cinquante et soixante. Cette révolution scelle la fin définitive du statut de mer de suppléance (de rechange ou d’alternance) de la Méditerranée par rapport à l’Atlantique. Cette rupture passe par l’invention progressive d’une image identitaire anachronique du lieu qu’il convient d’analyser. Enfin, et à la suite de ses travaux sur l’imaginaire, les représentations et la construction de l’altérité dans l’Arctique canadien, notamment en contexte touristique, Véronique Antomarchi travaillera sur l’imagibilité inuit en collaboration avec Béatrice Collignon et Fabienne Joliet (directrice du projet) dans le cadre d’un projet financé par l’IPEV (Institut Paul Emile Victor).

Centres de recherches et institutions partenaires : CITERES (Université de Tours), ESILV; CELSA/ GRIPIC; mairie de Paris, Région Centre.

Comments
One Response to “Axe 3 : Images, Imaginaires, imagination”
  1. ARGOD dit :

    Bonjour,
    Je souhaiterais devenir membre associé de votre équipe de recherche puisque je travaille depuis 2010 sur les notions que vous abordées dans l’axe 3 à travers l’édition touristique, les médias ainsi que les carnets de voyage.
    Je me tiens à votre disposition à ce sujet.
    Je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations respectueuses.

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