Sauvons le patrimoine du Mali

Appel des institutions spécialisées et professionnels du patrimoine
pour la sauvegarde du patrimoine culturel malien

Mai 2012

Mosquee Djingareyber

L’ensemble des institutions spécialisées et professionnels du patrimoine se joignent à l’Ecole du Patrimoine Africain-EPA pour lancer le présent appel, véritable cri du cœur et d’inquiétude extrême face à l’urgence pour la sauvegarde du patrimoine culturel du Mali en tant que bien de l’Afrique et de l’humanité toute entière. Cet appel fait suite à la crise aigue qui, depuis le 24 mars 2012, touche le Nord de la république du Mali avec la présence des forces du MNLA, de Ansar Ad-Din, AQMI et autres groupes armés fondamentalistes, provoquant une situation des plus tragiques qui fait craindre le pire pour le devenir du patrimoine culturel du Mali reconnu pour sa civilisation millénaire.

En effet, les récentes profanations de deux mausolées de Saints à Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l’Unesco, perpétrées le vendredi 4 mai par des groupes fondamentalistes d’Ansar Ad-Din, ainsi que les fortes menaces qui pèsent sur tous les biens situés dans le nord, viennent confirmer la crainte des institutions spécialisées et professionnels du patrimoine très préoccupés par la tragique situation générale du patrimoine au Mali, qu’il convient de les professionnels dénoncer et de condamner avec la plus grande fermeté.

Le Mali, il convient de le rappeler, possède un patrimoine culturel extrêmement riche et varié qui constitue une preuve éloquente de la contribution de l’Afrique à la civilisation universelle. En témoignent les nombreux manuscrits anciens de Tombouctou (capitale intellectuelle et spirituelle, centre de propagation de l’islam en Afrique aux XIVè, XVè et XVIè siècles), les célèbres édifices de terre et structures de villes anciennes, les terres cuites du delta intérieur du Niger, autant d’exemples qui signent les traditions séculaires qui ont forgé l’histoire des grands empires du sahel à la savane. Aujourd’hui, ce pays compte quatre sites tangibles inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO : les villes anciennes de Djenné (1988) ; Tombouctou (1988) ; les Falaises de Bandiagara, pays dogon (1989) et le Tombeau des Askia, Gao (2004). Citons également six éléments inscrits sur les Listes représentative et de sauvegarde urgente du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à savoir l’Espace culturel du yaaral et du degal (2008) ; la réfection septennale du toit du Kamablon (2009) ; la Charte du Mandé, proclamée à Kouroukan fouga (2009) ; le Sanké mon, rite de pêche collective dans le Sanké (2009) ; les pratiques et expressions culturelles liées au balafon des communautés Sénoufo du Mali et du Burkina Faso (2011) et la société secrète des Kôrêdugaw,  rite de sagesse du Mali (2011).

De nombreux marqueurs et lieux du patrimoine plus récents tels les musées, monuments, mémoriaux, conservatoires, centres et espaces culturels sont autant d’indicateurs culturels témoignant du dynamisme culturel et intellectuel du Mali aujourd’hui malheureusement sous la double menace de l’intolérance, du pillage et du trafic illicite de ses biens culturels.

A cela s’ajoute une grave crise humanitaire qui se manifeste par un déplacement massif des populations, celles du nord notamment , tant à l’intérieur qu’en direction des pays frontaliers , dans des conditions extrêmement difficiles, faites d’insécurité et d’humiliation comme on peut s’y attendre. Ainsi, à la date du 5 avril 2012, le nombre de population déplacé dont une majorité de femmes, d’enfants et de jeunes, était estimé à plus de 235 000 âmes selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires du système des Nations Unies. Or, ce qu’un pays a de plus précieux, c’est son patrimoine culturel et ses hommes, en particulier sa jeunesse.

Les menaces sécuritaire, économique et identitaire engendrées par cette situation tragique ainsi que les effets collatéraux, s’inscrivent aussi bien dans un contexte géopolitique plus global qui risque de déstabiliser durablement toute la région sahélienne et bien au-delà.

Face à ce constat catastrophique, le présent appel se veut une opportunité exceptionnelle de constituer un réseau de plaidoyer et de pression afin d’informer et de sensibiliser l’opinion nationale et internationale.

A cet effet, l’application des Conventions internationales relatives à la protection du patrimoine culturel, naturel et immatériel interpelle aujourd’hui la Communauté internationale, notamment l’Unesco et les autres institutions internationales et régionales en charge du patrimoine pour des actions rapides ; il conviendrait d’évaluer les menaces et dégâts sur les biens, d’organiser des rencontres professionnelles sur cette question. Ces cercles de réflexion trouveront un appui substantiel dans la « Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé adoptée à la Haye – 1954 » ; la « Convention 1972 de l’Unesco concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel »; la « Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels – 1970» et la « Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel – 2003 ».

Notre appel s’adresse également à la responsabilité de toutes les autorités politiques et administratives ainsi qu’à l’armée nationale de la République du Mali afin que l’intérêt supérieur de la nation malienne prime pour assurer un processus soutenu de retour à l’ordre constitutionnel et à la normalisation dans le nord du pays.

Cet appel invite aussi tous les protagonistes sur le terrain à veiller au strict respect, à la préservation, à l’intégrité et la sécurité des biens culturels et des personnes dans toutes leurs composantes et dimensions, notamment dans les zones sous occupation à Tombouctou, Gao, Kidal et partout ailleurs au Mali.

Enfin, nous demandons aux pays voisins du Mali dont nous louons le sens de l’hospitalité et de la solidarité africaine de veiller, pour éviter d’éventuels transferts illicites d’objets et œuvres d’art du Mali, à l’efficacité des contrôles par leurs services de douanes et de gendarmeries aux frontières.

Porto-Novo, le 23 mai 2012

Comments
One Response to “Sauvons le patrimoine du Mali”
  1. Bastina dit :

    Superbe bâti de banco

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