Appel à propositions pour le 5e colloque international des Dialogues Européens d’Evian 2013

Titre : Tourisme de neige et tourisme de glace dans les régions septentrionales : Réalités et enjeux.

Avec 940 millions d’arrivées de touristes internationaux en 2010 et plus d’un milliard de clients, le tourisme est une activité humaine en pleine expansion. L’organisation mondiale du tourisme (O.M.T) prévoit ainsi une croissance régulière de cette activité avec 1,8 milliard de touristes en 2030. Pourtant malgré son importance quantitative et sa place dans les économies mondiales, le tourisme fut longtemps à l’écart des objets de la recherche scientifique.

 En France, le tourisme est resté le monopole quasi exclusif des économistes et des géographes jusqu’au début des années 2000. Anthropologues et sociologues ne s’y intéressent guère avant 2005, , alors que dans les pays anglophones, les recherches sur le tourisme commencent dans les années 1970. Le tourisme a d’ailleurs longtemps été perçu de façon ironique, comme un sujet peu sérieux et moins noble que d’autres thématiques. Le touriste, considéré comme l’idiot du voyage dans un ouvrage pionnier en France, ne suscitait pas ou peu d’intérêt (Urbain, 1991).

Plusieurs historiens français se sont penchés sur la question du tourisme et des loisirs à la fin des années 1990 (Bertho-Lavenir, 1999 ; Boyer, 1999 ; Corbin, 1995 ; Rauch, 1996). Ces travaux ont permis d’écrire une histoire de l’activité touristique. Le tourisme apparaît dans un contexte spatio-temporel précis, l’Europe de la Révolution industrielle. Il concerne en premier lieu les aristocrates puis se diffuse progressivement dans la bourgeoisie qui doit légitimer l’oisiveté en mettant en avant des alibis essentiellement hygiénistes mais aussi culturels. Le vingtième siècle permet un élargissement de ces pratiques avec des phénomènes de massification surtout à partir des années 1960.

Omniprésent dans le monde actuel, le tourisme repose sur plusieurs facteurs : l’abaissement du temps de travail, l’amélioration du niveau de vie, la modernisation des techniques avec la diffusion de moyens de transport plus rapides et moins coûteux, notamment de l’avion qui a permis l’internationalisation des flux et l’accès à des régions marginales. L’usage d’Internet a aussi contribué à révolutionner ce secteur.

Cette activité apparaît de plus en plus comme une clef de lecture indispensable pour comprendre notre monde et joue un rôle majeur dans l’aménagement des territoires et dans leur développement.

Le tourisme dessine « une mondialisation pacifique » selon l’expression de Sylvie Brunel, dont l’étude requiert un regard pluridisciplinaire. Il peut avoir des impacts négatifs, notamment sur l’environnement et sur les sociétés locales sur lesquels il est d’usage d’insister mais il est porteur aussi d’éléments positifs, en termes de développement et de valorisation identitaire des cultures traditionnelles.

Ce déplacement spatio-temporel se nourrit d’un fort imaginaire et repose sur une « géographie du désir » qui a pour objectif la rencontre de « l’autre » et de « l’ailleurs ».

Le phénomène est complexe et son approche parfois floue. Nous partirons de la définition élaborée par l’équipe de géographes de l’université Paris Denis-Diderot (Mit, 2002, 301) selon laquelle le tourisme est :

« Un système d’acteurs, de pratiques et de lieux qui a pour objectif de permettre aux individus de se déplacer pour leur recréation hors de leur lieu de vie habituel, en allant habiter temporairement dans d’autres lieux ».

Les espaces concernés par le colloque sont l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie septentrionale. Nous souhaitons en particulier mettre l’accent sur le tourisme dans les espaces arctiques, qui même s’il s’adresse à une clientèle de niche, connaît depuis une quinzaine d’années un développement important lequel soulève de nombreuses questions sur fond de réchauffement climatique. Ainsi, tourisme polaire et tourisme de montagne en particulier le tourisme alpin hivernal répondent parfois à des problématiques similaires, celles des hautes altitudes et des hautes latitudes. Les études de cas à l’échelle locale seront les bienvenues.

Plusieurs axes permettront d’éclairer ces Cinquièmes Dialogues européens d’Evian sur le tourisme neige et le tourisme de glace.

1) Tourisme et peuples autochtones

Le tourisme dans les espaces arctiques et montagnards relève procède d’une rencontre avec différents peuples autochtones qui vivent dans ces espaces. Quels sont les acteurs de cette activité ? Quelle est son importance en termes de flux, de recettes, de revenus, d’emplois et d’équipement ?

De quelle manière le tourisme peut-il être perçu comme un moyen de valoriser culture et identité autochtones notamment par le biais de la production artistique (sculpture, estampes, musique) et la protection des patrimoines matériel et immatériel?

La question de l’authenticité du produit touristique et celle de ses impacts économiques et spatiaux sur les communautés réceptrices relèvent d’enjeux tout à fait contemporains.

2) Tourisme et imaginaire

Les espaces arctiques et montagnards reposent sur un imaginaire très puissant nourri de récits de voyage, d’exploration, d’ethnographie mais aussi de représentations picturales et photographiques, de savoirs scolaires et de littérature enfantine.

Comment les tours opérateurs occidentaux mettent-ils en avant cette part de rêve et d’imaginaire dans les brochures touristiques ? Dans quelle mesure cet imaginaire n’a-t-il pas un impact dans la mise en désir et en récit de certains territoires ?

Enfin, nous pouvons constater une certaine hybridation dans des pratiques touristiques récemment proposées dans les stations alpines européennes qui s’ouvrent à un produit « Grand Nord » avec hébergement en igloo, promenades en chiens de traîneaux ou en raquettes.

3) Tourisme arctique, tourisme de montagne et enjeux environnementaux : la question du développement durable

La question du réchauffement climatique, thème largement débattu lors des précédents Dialogues Européens de 2010, redonne une place prépondérante à l’Arctique. Cette évolution contribue à favoriser ce type de tourisme, par la recherche d’espaces de fraîcheur au lendemain de la canicule de 2003 par exemple, mais surtout par le désir imminent de visiter des mondes possiblement sur le point de disparaître. L’augmentation de la fréquentation touristique doit donc être observée et encadrée avec vigilance car elle peut avoir des conséquences néfastes sur un environnement fragile.

Quel est l’impact de l’activité touristique sur l’environnement arctique et montagnard et notamment sur la faune et la flore ? Quel rôle réel joue le réchauffement climatique dans l’évolution du tourisme arctique et de montagne ? Quelles adaptations apparaissent dans les espaces concernés ? Comment concilier développement touristique et protection de l’environnement ?

4) Le tourisme polaire et le tourisme de montagne hors du champ du tourisme social ?

Le tourisme social repose sur une exigence éthique, celle d’un «droit au tourisme » pour tous dont l’histoire se construit en France à partir du Front Populaire en 1936 et la mise en place d’un tourisme militant associatif au lendemain de la seconde guerre mondiale.

L’hypothèse d’un tourisme particulièrement élitiste pour les territoires arctiques et alpins et d’une démocratisation stoppée en ce qui concerne la diffusion des sports d’hiver est souvent mise en avant. Quelles propositions et actions politiques existent pour favoriser l’émergence d’un tourisme social dans le monde alpin ?

Quelles dispositions légales pourraient être prises pour conforter et faciliter le rôle de structures associatives existantes, dans la promotion de séjours de neige, accessibles aux familles et jeunes socialement moins favorisés ?

Dans le monde arctique, certains projets, certes pionniers, notamment d’échange scolaire, mettent l’accent sur une rencontre accessible à tous, fondée sur l’ouverture et sur une expérience humaine d’une grande richesse.

Appel à participation

Dans une des deux langues officielles du colloque (français et russe), faire parvenir avant le 15 septembre 2012.par Internet dialogues.europeens.evian@orange.fr et Martine Tabeaud 
et Véronique Antomarchi veranto@club-internet.fr

Titre, Résumé : 10 lignes
 Mots clef : 5

Préciser s’il s’agit d’un poster ou d’une présentation orale


Cv court des auteurs, avec indication des publications récentes, adresse postale et Internet.

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